L’Andesi prend position: » Non, l’association n’est pas un simple instrument des politiques publiques… … Ou comment ré-enchanter la cause associative »

L’ANDESI, Association Nationale des Cadres du Social, est une association du type loi 1901. Elle regroupe des dirigeants et des cadres du secteur social, médico-social eux-mêmes pour la plupart professionnellement inscrits dans des structures associatives sans autres ressources de fonctionnement que les cotisations des adhérents ainsi que le produit de leurs activités. A ce titre, l’ANDESI dispose d’une expérience et d’un faisceau de regards pluriels sur le fait associatif qui lui permet de s’interroger sur la place réelle tenue par les associations dans les dispositifs du secteur social et médico-social (SMS) et rend légitime son positionnement.

Ni exclues des réalités sociales, ni imperméables aux fluctuations socio-économiques contemporaines, les associations SMS sont soumises à un contexte particulier : la technicité de leurs champs d’intervention, l’encastrement au cœur de politiques publiques de plus en plus complexes, ainsi que la segmentation accrue des dispositifs dans lesquels s’inscrit l’action de tous les jours tient à distance nos institutions des citoyens. Cela nous paraît grandement regrettable, voire dangereux.

Les associations sont l’expression depuis toujours de formes originales d’appartenance collective, les signes et reflets de la société dans son ensemble, telle qu’elle est vécue, ressentie par tous ceux qui la font. L’initiative associative est depuis plus d’un siècle une forme reconnue de participation à la définition d’un bien qui se veut commun. Elle est le laboratoire de toutes les citoyennetés, l’expérience de la Cité. Les valeurs qu’elle peut porter sont l’assise la plus manifeste d’une volonté partagée, de l’éclaircissement et l’ordonnancement d’un sens donné aux engagements collectifs.

Or, les nombreux témoignages d’acteurs associatifs, entre autres ceux émanant des adhérents de l’Andesi, ainsi que les productions théoriques les plus récentes tendent à montrer que l’association, dans son identité et sa forme originelle est en souffrance. Dans un monde où les dérives « managérialistes » poussent à confondre les moyens avec les finalités, où les normes administratives obscurcissent nos paysages et où la désincarnation politique de nos fonctionnements et projets se conjugue avec la fin des grands récits unificateurs : la place et le rôle des associations sont contestés.

De notre place de dirigeants salariés et de cadres, il nous semble opportun de faire valoir notre analyse de la situation et de faire émerger les pistes possibles pour redonner corps et légitimité au fait associatif. Sans se substituer aux « associés » et notamment aux administrateurs des associations qui nous emploient, notre participation à ce débat nous paraît salutaire si l’on veut préserver, en l’adoptant aux nouvelles donnes, le fait associatif comme réponse aux enjeux contemporains.

Définir le bien commun, penser la société.

L’histoire de notre secteur reflète la coexistence de différentes formes de réponses aux questions d’exclusion, d’inadaptation, d’éducation… L’association n’est pas seule, loin s’en faut, à penser et définir le bien commun, l’intérêt général et l’utilité sociale, à les rendre possible dans l’organisation de solidarités. Cependant, la partition est réelle entre, d’une part, la forme associative, regroupant une somme d’acteurs rassemblés autour d’une vision commune d’un même objet et, d’autre part, les solidarités exercées au titre d’une reconnaissance inscrite dans le droit et ordonnée par des institutions publiques à partir de ce qui est dit comme devant être garanti concernant tel ou tel groupe d’individus, ou telle ou telle population ciblée. Dans le premier cas, les solidarités sont construites à partir d’une sphère privée, d’un regroupement constitué et fédéré, personne morale à part entière, construisant ses interventions à partir d’un même rapport à des injustices, au défaut de réponses sociétales face à l’urgence posée par des questions sociales.

Ces formes sont aujourd’hui toujours légitimes bien que le sceau de cette légitimité se soit ancré, au fil de l’histoire, dans une logique tutélaire, plus ou moins affirmée. Mais si les associations coexistent à côté des organisations publiques, cela ne va pas sans poser problème, d’autant plus que ce travail ne s’est pas opéré sans heurts, dans une évolution que nous pourrions présenter schématiquement ainsi : une autonomie politique tolérée et conditionnée, dans un premier temps, par un contrôle tutélaire variablement fort, puis une plus grande reconnaissance au moment de la professionnalisation du secteur1, mouvement ayant permis l’instauration de ce compromis faisant l’originalité et la force du modèle social français. Or ce modèle est aujourd’hui fragilisé par de multiples facteurs, internes comme externes : désaffection du Politique dans les fonctionnements associatifs, gouvernance insuffisamment affirmée, inflation règlementaire bridant l’innovation, incorporation de normes administratives aveugles au sens des actions menées à destination des publics, rationalisation des coûts et étouffement des associations sous couvert d’une meilleure gestion et utilisation des deniers publics…

Sur ce dernier point, les exemples sont nombreux et trouvent leur origine dans les politiques de RCB (Rationalisation des Choix Budgétaires), dans la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques) et plus récemment de la MAP (Modernisation de l’Action Publique). Depuis ces trente dernières années, la recomposition des institutions de contrôle et de tarification a donné plus de poids et plus de responsabilités/compétences aux collectivités territoriales (Acte II de la décentralisation et réforme territoriale) ou encore la déconcentration des pouvoirs (ARS) avec la même finalité. Certes, il est sans doute nécessaire d’optimiser et de rendre efficientes les dépenses publiques et par corrélation, les budgets dédiés aux structures gérées par les associations pour accomplir leurs missions, en ces temps de crise. Toutefois, cette justification s’accompagne de contreparties qui sont hélas, trop souvent absentes : que reste-t-il de la régulation partagée et la co-définition des politiques publiques territorialisées, du respect de l’autonomie politique des associations, de la logique de compromis et d’écoute dans les négociations financières ? On assiste désormais à une instrumentalisation de nos services et établissements sans que soit sauvegardée la logique originelle d’une coexistence reconnue et partagée. La pertinence et le « pouvoir d’agir » de nos dirigeances et de nos managements risquent de s’en trouver altérés et par conséquence rendre moins opérante les politiques de changement qui constituent les axes majeurs de nos fonctions.

Nous ne pouvons et ne devons pas être réduits à des outils conformes aux seules volontés publiques. L’association, dans son essence, en serait amoindrie. L’adossement au projet politique de l’association (son projet associatif) qui doit irriguer nos actions de direction pour leur donner du sens s’en trouverait fortement affaibli.
L’autonomie associative demande à être reconnue pour sortir d’une dépendance tutélaire, normative et financière. Nous sommes dépositaires des clefs de cette reconnaissance et nous seuls pouvons redonner sens au mouvement associatif. Ainsi plutôt que de rester inféodées à ce qui est rémunéré par l’action publique, les associations devraient se pencher sur les oubliés d’une politique sociale pour le moins discutable : les jeunes majeurs abandonnés par les dispositifs de la PJJ et/ou les départements désargentés par exemple. Les fratries séparées par des limites d’agrément en âge ou capacité en sont un autre exemple. Et que dire des « sans papiers » accueillis en CHRS qui devraient être dénoncés à la Préfecture ? Au-delà des exemples toujours réducteurs, à quel projet social voulons-nous collaborer ? Les associations n’ont pas toujours attendu les financements pour proposer leur offre et engager le débat…

L’association demain : une question de choix ? Quelles perspectives ?

Evoquant la construction de l’offre associative, la structuration même de nos modes de fonctionnement et d’organisation, de nombreux auteurs ont évoqué des phénomènes de standardisation des réponses et, in fine, d’isomorphisme institutionnel : les associations du secteur tendent à se ressembler et à se confondre. Cela est principalement dû à l’importation de normes gestionnaires, peut-être indispensables mais souvent trop déconnectées des finalités mêmes des associations. D’autres explications existent : les normes administratives obligent les acteurs associatifs à se conformer à des modèles amenuisant la souplesse dans les réponses apportées et réduisant la proximité entre les sphères politiques et technico-managériales pourtant si nécessaires pour faire vivre tout projet associatif. Les effets ont également été ressentis dans la capacité des associations à unifier et fédérer l’ensemble de ses parties prenantes par des options délibératives fortes dans la confrontation des idées et opinions. Cette capacité a largement été étudiée à partir notamment des travaux de Jürgen Habermas concernant la théorie de l’agir communicationnel.

Face à cela, le premier levier de refondation du pacte associatif réside dans la capacité des associés, en inter action avec les directeurs (généraux) et les cadres, à mobiliser ou remobiliser l’espace politique et citoyen. Sortir des définitions toutes faites des associations. Créer de la dissemblance pour retrouver le sens originel de l’adhésion à un projet, une vision du monde. Opposer à l’abstraction catégorielle des pouvoirs publics une vision positive de ce qui fait société, des liens qui relient les uns aux autres. Pouvoir parler des personnes qui reçoivent les bénéfices de nos métiers. Se mettre à l’écoute et donner la parole. Remettre en somme la société civile, partie constituante de nos associations, au centre de nos projets.

Cela implique également d’être en mesure de retrouver le sens de l’initiative privée. L’action associative est aujourd’hui encastrée dans les politiques publiques. Nous devons parvenir à nous en extraire pour mieux comprendre la place que nous pourrons y occuper. Nous pouvons regretter certaines aberrations de systèmes administratifs organisés mais devons aussi rendre intelligible notre participation à ces fonctionnements par les mécanismes décrits par ailleurs. Retrouver le sens de l’initiative privée et de la volonté d’entreprendre, c’est redonner corps et vie au projet politique qui nous anime. C’est prendre part au débat, occuper une place d’acteur et défendre ce que nous, rassemblés, considérons être le bien commun ou la juste cause. Avec les dirigeants bénévoles, nous devons porter la parole publique. Nous devons la soutenir. L’association est un corps intermédiaire qui doit apprendre à communiquer autrement pour trouver les bons relais dans l’espace public et donner la possibilité à chacun d’exprimer une volonté. Elle doit déterminer ses choix et prendre place au débat. Nous devons également nous doter de tous les outils possibles pour faire valoir notre expertise et enfin construire notre force de lobbying politique. Il s’agit pour les acteurs associatifs, dirigeants bénévoles et salariés, de valoriser fermement le débat avec nos partenaires publics pour faire valoir notre légitimité associative. Cet enjeu demande à être pensé en amont et organisé par des règles de gouvernance et de vie démocratique associative souveraines pour être ensuite décliné en projet de direction (générale) et d’encadrement tout au long de la chaîne hiérarchique.

Enfin, les associations doivent se fédérer, ne pas porter seules les questions les plus cruciales dans les choix de société. Face aux divisions imposées par des logiques de mise en concurrence forcenées (logique d’appel d’offres, recompositions territoriales …) nous devons nous unir et faire valoir le bienfondé de notre travail et de notre légitimité politique en tant que représentants d’une citoyenneté aujourd’hui désavouée.
Toutes orientations qui doivent être portées, voire initiées par les dirigeants et les cadres que nous sommes et que l’Andesi porte haut dans son projet associatif.

[1] Professionnalisation du secteur auquel l’Andesi, notamment à travers son centre de formation, a très largement participé depuis sa création en 1973.

Un coup de gueule: Zineb, je t’aime!

Lisez, faites lire, échangez le livre de la journaliste de Charlie Hebdo rescapée de la tuerie, Zineb El Rhazoui « 13, dans l’enfer des attentats du 13 novembre ». Cette femme libre et engagée, tout comme Jamel Daoud nous montrent la voie simple et définitive: la fierté et l’universalité de la culture des « lumières de France ».

Lisons toujours aussi Elisabeth Badinter.

Et surtout réfléchissons un tout petit peu à la compréhension/excuse rabâchée à tout va qui ne tient pas la route de la raison et de l’intelligence!

En effet, Quelqu’un qui aurait refuser, sur un plateau télé, de serrer la main à un noir ou un arabe aurait été considéré à juste titre comme un raciste, non!

Alors pourquoi tolérer qu’un malade mental ose dire en tout impunité, devant une ministre de surcroit, qu’il ne serre pas la  la main aux femmes!

C’est une honte et une insulte à l’humanité.